Critique du « Lomé Bike Tour 3 » : Pédaler, ralentir, réfléchir et partager

Découvrir Lomé à vélo. Il se pourrait que ce soit cette phrase qui soit à l'origine de cette idée du Lomé Bike Tour organisé par Bike Trip Togo. Après deux éditions globalement bien accueillies, l’agence de cyclisme togolaise a logiquement poursuivi l’expérience avec une troisième édition, confirmant sa volonté d’inscrire l’événement dans la durée.

Le 14 décembre 2025, sur l’esplanade du stade de Kégué, plus de quatre centaines de participants se sont retrouvés pour parcourir 19 kilomètres à travers les artères de Lomé. Une mobilisation modeste en nombre, mais significative par ce qu’elle raconte : l’émergence progressive d’une autre manière de penser la ville, la mobilité et l’espace public.

Car le Lomé Bike Tour ne se résume pas à une simple balade à vélo. Il se présente aussi comme un dispositif éducatif, sanitaire et social, qui mérite d’être relevé (I), avant d'être un tour à vélo annuel (II) qui sera sous le regard critique de l’équipe de Pages, Écrans & Résonances sur cette édition à laquelle elle a pris part (III).


I- Rouler pour ralentir :

C’est sous le prisme de la santé mentale que se construit cette troisième édition du Lomé Bike Tour, avec pour mot d’ordre : « Rouler pour ralentir ». Nombreux sont ceux qui l’ignorent, mais cette édition du Lomé Bike Tour ne s’est pas résumé à rassembler du monde, enfourcher des vélos et parcourir la ville de Lomé. Il a été, dans sa première dimension, un dispositif éducatif, sanitaire et social. Le Bike Trip Togo, étant à l’origine une initiative portée par deux docteurs en pharmacie, il allait de soi que le projet conserve cet ADN sanitaire. Et puisque la santé est aussi et surtout une réalité sociale, cette édition a choisi d’élargir son action au-delà de la simple performance sportive.

Bien avant que les vélos ne prennent la route, le Lomé Bike Tour avait déjà commencé. Un mois et demi plus tôt, une collecte de vivres et d’accessoires destinée aux patients de l’hôpital psychiatrique de Zébé était organisée, avec une remise effectuée le 15 novembre. Dans le prolongement de cette initiative, une conférence-débat s’est tenue le 22 Novembre dans la grande salle du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, autour du thème : « La santé mentale : la jeunesse face aux défis d’une ère nouvelle, compétitive et exigeante ». Les échanges ont été portés par NABILIOU Mali Nini, psychologue du travail et des organisations, et AMENTOTOWU K. Gnavor, spécialiste en santé mentale à l’hôpital psychiatrique de Zébé à Aného.

Si la rencontre n’a pas rassemblé autant de participants qu’espéré au regard de la capacité de la salle choisie, elle n’en demeure pas moins essentielle. Elle a permis de poser les bases d’une véritable démarche de sensibilisation, donnant une épaisseur intellectuelle et citoyenne à cette édition du Lomé Bike Tour. Ces premiers jalons posés, il ne restait plus qu’à parcourir Lomé à vélo pour donner corps, dans l’espace urbain, à ce qui avait déjà été amorcé sur le terrain social.


II- Rouler pour se promener :

Si la programmation annonçait un départ à 7h30, la réalité fut légèrement différente. À cette heure-là, certains participants se plaignaient encore de ne pas avoir trouvé un vélo qui leur convenait. Pour autant, il serait injuste d’en rejeter la faute sur l’organisation. Les vélos étaient disponibles en nombre suffisant, et l’équipe technique s’est montrée attentive, assistant chaque personne exprimant un besoin d’appui mécanique ou de contrôle. Cela dit, trouver le vélo idéal relevait parfois du parcours du combattant. Rien n’est parfait et les vélos non plus. Toutefois ces petits désagréments restent mineurs au regard de l’expérience globale proposée par le Lomé Bike Tour, qui demeure largement positive. Les nuages, heureusement, ont quelque peu épargné les participants d’un soleil trop rude. Et surtout, l’organisation est restée constante dans sa vigilance : distribution d’eau, encadrement assuré par les safety bikes, présence policière efficace pour sécuriser et fluidifier la circulation. Sur ces aspects essentiels, le dispositif mérite d’être salué.

Les critiques, toutefois, n’ont pas manqué. Certains ont trouvé la cadence trop lente, d’autres ont regretté une ambiance musicale inégale, réellement perceptible seulement vers la fin du parcours. D’un ton plus léger, on pourra aussi sourire du témoignage concernant l’assistance médicale, qui peinait à trouver des ciseaux pour couper un bandage. La pause, jugée un peu longue, s’explique néanmoins aisément : le nombre de participants a nécessité des échanges de vélos dus à de petits soucis techniques ou, tout simplement, à la fatigue. Plus regrettable peut-être, la socialisation est restée limitée. Les groupes se formaient en cercles fermés, laissant peu de place aux échanges spontanés entre inconnus.

Malgré ces réserves, aucune critique majeure ne peut sérieusement être adressée à l’organisation. L’équipe du Lomé Bike Tour a visiblement fait de son mieux pour satisfaire les participants et garantir une expérience sécurisée et conviviale. La programmation finale sur l’esplanade du stade a, en revanche, semblé un peu trop étirée. Entre les étirements de fin de session et les jeux-concours largement ignorés par le public, l’énergie est progressivement retombée. Espérons que les prochaines éditions sauront trouver des formats plus ludiques et fédérateurs pour conclure la journée sur une note aussi forte que celle du départ.


III- Une ville à hauteur d’homme :

En assistant à cette troisième édition du Lomé Bike Tour, l’équipe de Pages, Écrans et Résonances repart avec une conviction claire : l’événement a désormais dépassé le stade de la simple initiative sportive pour s’imposer comme un rendez-vous citoyen en construction. Ce que cette édition confirme avant tout, c’est la pertinence de la vision portée par Bike Trip. En articulant pratique sportive, sensibilisation à la santé mentale et occupation apaisée de l’espace urbain, le Lomé Bike Tour propose une autre manière de penser la ville et le rapport que ses habitants entretiennent avec elle. Pendant quelques heures, Lomé ralentit, respire autrement, et s’observe à hauteur d’homme.

L’effort déployé en amont (collecte de dons, conférence-débat, mobilisation de professionnels de la santé) mérite d’être salué. Peu d’événements prennent réellement le temps de penser leur impact au-delà du jour J. En cela, cette édition marque un pas important vers une approche plus globale et plus responsable de l’événementiel urbain. Bien sûr, tout n’est pas encore parfaitement maîtrisé. Certains ajustements restent nécessaires, notamment en matière de rythmes, de socialisation entre participants et de dynamisation des temps de clôture. Mais ces limites relèvent davantage de la croissance naturelle d’un projet ambitieux que de véritables faiblesses structurelles.

Le Lomé Bike Tour 3 réussit cette chose rare qu’est de redonner la rue aux citoyens sans discours moralisateur. Pas besoin de slogans écologiques agressifs ni de grandes théories sur la mobilité durable. Le message passe par l’expérience : rouler ensemble, traverser la ville autrement, regarder Lomé non plus depuis un pare-brise ou à 60 km/h mais à hauteur d’homme, à 10 km/h car rouler c'est pour ralentir cette fois-ci.


Critique écrite par Komlan Mawuto

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