Critique du film « MiKoKO » : Un bijou du cinéma togolais


Dans la ville de Mikoko, en République de Tonganie, les femmes du grand marché font face à une trahison inattendue. Le Maire, qu’elles ont soutenu lors de son élection, annonce son projet de raser le marché pour y construire un centre commercial. Parmi elles, son épouse, elle-même revendeuse, refuse de voir disparaître ce lieu de vie et de travail. Déchirée entre son rôle de femme et celui de militante, elle tente désespérément de convaincre son mari d’abandonner son projet. Mais alors qu’elle se heurte à l’indifférence du pouvoir, elle découvre que même parmi les usagers du marché, certains jouent un double jeu. Entre luttes d’influence, résistances et jeux de pouvoir, MiKoKO dresse un portrait engagé et poignant d’une bataille où chaque voix compte.


Le 08 Mars 2025 sortait en salle le film MiKoKO écrit par Madie Foltek et réalisé par Angela Aquereburu Rabatel. « Mikoko » ; mot d’origine ewe qui signifie « On est grand » et qui dans l’essence du film pourrait se traduire de manière plus approfondie « On est grand, ensemble » et pourrait plus simplement se comprendre au travers les mots “ l’union fait la force ”. MiKoKO  est une œuvre qui remplit son rôle de façon juste, qui est intelligemment porté par la réalisation et des acteurs aux performances justes et maîtrisées tout aussi. C’était un beau film mais qui aurait peut être mérité plus de lumière et d’appréciation. Pages, Ecrans & Résonances revient sur ce succès sans lumière en écrivant dans une première partie les qualités du film (I), dans une deuxième partie essaiera d’expliquer l’absence de lumière sur ce film (II) et fera dans une troisième partie une conclusion (III).



I- UN FILM QUI RÉUSSIT :


Ce film au delà d'un simple ton engagé pourrait être pensé comme une transposition fonctionnelle des réalités qu’ont frôlé quelques-unes des marchés de la sous région. À travers MiKoKO, entre l’empouvoirement féminin car il est centrale comme message, c'est toute la dynamique des luttes sociales et économiques que l’on retrouve, promesses électorales non tenues, pressions immobilières et résistances populaires. En recréant ces réalités dans un univers fictif, le film évite de se figer dans une seule histoire nationale pour mieux illustrer un phénomène global, où les enjeux du développement urbain s’opposent aux réalités du quotidien.


Ceci pourrait expliquer la “facilité” qu’ont les acteurs dans l’interprétation de leurs rôles. Eh oui, leurs performances sont particulièrement à souligner. On retrouve dans les rôles principaux Florence KITCHA qui incarne Dela OTIMI ; un personnage qui a su séduire le public et marquer l’écran par un jeu d’acteur basé sur des émotions presque palpable. D’ailleurs on pourrait se poser la question si ce rôle ne lui a pas été confié pour se racheter des déboires détestés (par le public) de son personnage dans la série AHOE ; car on s’entiche très vite de cette femme qui lutte pour le bien de sa communauté allant jusqu’à défier son mari Apollinaire OTIMI incarné par Bienvenu GAGALO qui livre tout aussi une prestation marquante. Dicta MABLE et Ama Beatrice ALOVOR incarnant respectivement Ayele et Mana jouent leur rôle avec une intensité et une aisance remarquable. Florent BANISSA et Atavi G ainsi que bien d’autres acteurs et actrices, malgré leur apparition épars, marquent de leur présence et de leur jeu. Une appréciation qui est à souligné ; c’est la manière dont les personnages sont nuancés. Même si certains personnages pourraient être perçu comme étant les méchants de l’histoire, chaque prise de position était habilement justifié et les motifs présentés avec une intelligence scénaristique et de réalisation remarquable.


Oui ! Nous assistons à un film maîtrisé, plein de couleur (toute notre exaltation à la direction photographique) et de sentiment grâce à la réalisation d’Angela AQUEREBURU RABATEL qui capte avec finesse les émotions de ses personnages, tandis que le scénario de Madie FOLTEK construit une narration fluide, à la fois réaliste et engagé ; les dialogues sonnent juste, le rythme est équilibré, et chaque scène porte une utilité. Et la bande-son, une pépite qui accompagne parfaitement l’histoire, renforçant les moments-clés sans jamais en faire trop.



II- UN SUCCÈS SANS LUMIÈRE : 


Malgré ses nombreuses qualités qui lui vaudront sa sélection : dans la catégorie « Semaine de la Critique » pour la 29e édition du FESPACO et celle du Seattle Black Film Festival 2025, MiKoKO est un film qui est resté dans l’ombre pour le public togolais en comparaison aux créations passées du duo AQUEREBURU/FOLTEK. Il faut noter que le film MiKoKO est une création soutenu par La CNDH, le CACIT et l'Association VEGON avec le soutien financier de l'Union Européenne pour l'occasion de la journée internationale des droits des femmes.


Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette discrétion : dans un premier temps, un manque de promotion. Si le film a bénéficié d’une sortie en salle, sa communication semblait plus discrète comparativement aux projets passé de la réalisatrice. Il a clairement souffert d’un manque de visibilité médiatique et d’une stratégie marketing trop timide. Dans un second temps, même si la distribution donne un libre accès à l’œuvre, le timing de sortie se présentait difficile puisque sortir un film le 8 mars, une date marquée par de nombreux événements et prises de parole sur la scène médiatique, a joué sur sa couverture et son impact.


Au delà de cela, puisque ces lignes portent des critiques constructives, le film souffre d’un engagement qui je pense n’a pas été à son apogée car centrer un film togolais sur le grand marché d’une ville, d’un pays (fictif) sans rappeler les tragédies d’incendies qui sont arrivés à ceux de notre pays (réel) et qui soulèvent toujours des interrogations, semble être une démarche engagée qui n’est pas allée jusqu’au bout. Aussi, le film souffre d’une fin abrupte qui essaye de se rattraper tout de même dans une belle scène post crédit. L’existence de cette scène ouvre le débat sur le public “cinéphile” togolais. Sur la scène Bella Bellow qui a permis la projection de MiKoKO, on aura constaté que jusqu’au ⅓ du film, les places auront été vides et que le début du générique de fin a suffit pour que les ⅔ de ce même public commencent à se lever, ratant ainsi la scène post générique et l’échange avec l’équipe du film. On pourrait continuer à se plaindre du cinéma togolais (même si ces dernières années, faire cela serait être de mauvaise foi) mais est-ce que ce public mérite ce cinéma de qualité qui se profile à l’horizon, vu ses habitudes ?! Je pense que notre blog de critique aura le temps de revenir là dessus.



III- CONCLUSION : Pourquoi il faut (re)découvrir MiKoKO ?

Malgré son succès discret, MiKoKO mérite d’être vu et revu. Il s’inscrit dans une nouvelle vague de cinéma togolais, porté par des créateurs engagés et talentueux. À travers son histoire, il questionne la place de la femme, offrant une réflexion subtile sur l’autonomisation de la femme dans notre société. En espérant qu’il y ait d’autres projections, il est encore temps de donner à MiKoKO la reconnaissance qu’il mérite.


Critique écrite par Komlan Mawuto

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