
Éclectique adjectif ; Se dit d’une chose ou d’une personne qui rassemble une grande variété de tendances, qui choisit dans des catégories très diverses : Exemple ; Goût éclectique.
C’est par cet adjectif que l’artiste Fofo Skarfo qualifie le volume 1 de sa Mixtape VoyÂges intitulée Afro Eclec. Présent sur la scène musicale depuis 2011 avec son groupe « La source », Fofo Skarfo marquera sa carrière solo par un premier album 13 janvier sorti en 2018 avant de revenir éblouir par le volume 1 de sa mixtape VoyÂges sorti le 13 novembre 2021. Le mot voyage écrit comme tel : “VoyÂges” fusionne l’idée de “voyage” et de “âge”. Ce titre suggère un déplacement métaphorique effectué sur un trajet (in)déterminé, dans un but (in)déterminé au travers des périodes de la vie et/ou de son être ; une exploration musicale et introspective. Une mixtape qui comme l’indique le nom de ce volume 1 recense les genres musicaux Afro divers et divers autres styles tels que : le R&B/Soul, le Dance/électronique, l’Afro swing, le Hip-hop/Rap, l’Afrobeat, l’Amapiano, le Rap. Pages Ecrans & Résonances revient sur ce projet de 14 Titres qui présente un artiste créatif et engagé au travers de sa musique (I) ; le tout dans une forme artistique éclectique (II) avant de conclure (III).

I- Un artiste ambivalent : de l’engagement dans sa créativité
La mixtape VoyÂges, pour nous, est une création tenu par un fil conducteur qui s’entend sur cinq thématiques ;
Elle s’ouvre sur une parole introspective, où l’artiste pose les bases d’une expression personnelle assumée. Au travers les titres 1- Bon Voyage qui introduit la mixtape et qui est une mise en situation de soi de l’artiste et d’une introspection , cette introspection qui se mue en une expression de soi véritable au travers les mots « Miawoe nyi nou-a, c’est nous la chose, que dit le peuple » en refrain du titre 12 - Oui oui oui en feat avec KanAa. Le titre 14 - Demain c’est loin clos cette première thématique en étant à la croisée de l’intime et du manifeste humain.
La seconde thématique explore l’identité afro, en premier comme une revendication esthétique par le titre 5- African Swag et dans la continuité seconde avec le morceau n° 6- Ameyibo love (amour noir) en parfaite harmonie avec Noire Velours les paroles expriment la difficulté qu’est cette identité à porter comme construction culturelle et politique ; « Afrique si tu rejettes qui tu es, quand est-ce que les autres d’apprécieront pour qui tu es ? ». L’afro-centrisme y est traité dans sa complexité, entre héritage, rejet, questionnement et réinvention.
Un troisième axe, critique et sociétal, intervient ensuite. Avec Reynuj Akhenaton sur la création 7- Mi yi ge (on y arrivera), Les artistes dénoncent les mécanismes d’aliénation, la bêtise de certains de créer et d’entretenir l’échec de la société et rappelle, les difficultés d’être et de réussir avant de revenir à chaque fois dans certains vers et dans le refrain sur des notes d’encouragement et de motivation qui disent, dans une forme sobre et puissante “On y arrivera”. En nous offrant 8- Un verre, Fofo Skarfo prend une pause, lâche prise et pousse un coup de gueule contre la méritocratie qu’on nous vend : « ils disent que le travail paye, moi j’ai charbonné comme un chien, tout ça pour juste un peu de pain. Ces enfoirés ont menti, ils nous ont toujours menti… c'est quoi ce monde de merde ?!... Je vous emmerde… » et porte un toast en l'honneur de “ses gars, de ses gos” pour ses peines, pour ses faiblesses, pour ses tristesses. 11- Mi la woe avec Kletus Situ est une musique qui lance une ode à la conscience politique panafricaine, à la réalisation et aux réussites qui doivent naître de l’expression du potentiel Africain. Dans cette thématique, les propos sont alors plus frontal, parfois amer, mais toujours lucide.
2- Gbedeo introduit Le quatrième moment de cette mixtape qui s’ancre dans une dimension spirituelle. Il ne s’agit pas d’un simple recours à la foi mais d’une recherche du potentiel, de la puissance invisible qui sommeille en chacun de nous et que la plupart ignore : “Si on ne te le dit pas, tu ne le sauras jamais” dira t-il en ewe. 3- Apprenti Esprit consolide cette marche en faisant dans sa musicalité un véritable travail de mise en dialogue entre l’être, ses racines, et l’invisible pour arriver à exprimer cette potentialité et utiliser cette puissance invisible qui nous habite. 13- Parasites conclut cette thématique en tambourinant de façon forte aux travers sa mélodie et ses paroles que la force spirituelle de l’artiste est au dessus de tous les obstacles qui pourraient se dresser devant et qui essayeront de le parasiter. Car au delà d’une simple baroud physique, la force des muscles est importante mais celui du spirituel est indispensable.
Enfin, la mixtape se clôt — ou plutôt s’ouvre — sur la question de l’Amour. Une thématique inattendue nous dira une auditrice qui ne voyait pas rimer le mot amour avec la discographie de Fofo Skarfo mais comme l’indique le titre du volume 1 de cette mixtape, l’artiste s’est nourrit d’une inspiration éclectique. Et ce contexte, vient enrichir l’ensemble en révélant une autre facette de la sensibilité de l’artiste ; le morceau 4- Marya en featuring avec Binho Capone est chanté pour exprimer les sentiments à cette jeune femme qui emplie les pensées et les actions des artistes même si cet amour trouve c’est limite dans la phrase « la chose à ne pas faire c’est toucher au téléphone ». Le volet deux de cette thématique dans 9- Vivina qui effleure nos sensibilités avec la délicieuse voix de Zeaya Ka viendrait presque à nous faire oublier que ce morceau expose la désillusion qu’offre aussi l’amour ; on pense qu’il est tout beau, tout chaud avant de se rendre compte qu’une fois dedans, le vivina (la douceur) peut aussi quelque fois, par moment, et même souvent devenir le vevena (la douleur). 10- Vivre aimer mourir avec Tive Hugbo fais le tour de ce sentiment, dans une vie comme une autre.

II- Une forme artistique éclectique :
Fofo Skarfo est un artiste qui a toujours su marquer par sa différence et cette mixtape n’en est qu’une continuité bien établie. On l’écrivait tantôt dans l’introduction, cette création musicale recense diverses inspirations de genres musicaux et au travers de chaque mélodie, l’artiste se trouve un autre prétexte, une autre forme pour s’exprimer. Au delà de cela, les langues utilisés dans la composition de cette mixtape ajoute énormement à la beauté de l’oeuvre mais j’aimerais surtout m’attarder sur l’utilisation de l’ewe dans certains vers, dans certains titres, uniquement ou en association avec l’anglais ou le français qui résolument porte une résonance forte, immense et puissante quand on est natif et qu’on comprend la phrase dans toute son intelligence et sa profondeur.
L’anglais et le français en comparaison apportent un côté esthétique non négligeable ; ce qui marque la mixtape dans sa sonorité tout aussi, en plus des voix en collaboration qui les introduits. Noire Velours arrive sur le morceau Ameyibo Love et pose le love ainsi que le ameyibo dans une linguistique anglophone maitrisée et envoûtante, sans doute un choix de feat qui n’a pas été fait de façon hasardeuse par Fofo Skarfo car l’harmonie se présente d’elle même. Et cela en est de même pour presque tous les featurings de cette mixtape ; Binho Capone qui introduit Marya avec une modulation de voix plus tendre que celle de Fofo Skarfo qui a su que le mettre en premier portait magnifiquement le morceau avant de le rejoindre de sa voix plus possessif. Reynuj Akhenaton sur Mi ye ge, a la voix d’un légèreté qui s’imbrique fluidement à celle de son hôte, ce qui fait du ton de ce message quelque chose de puissant mais facile à porter. Kletus Situ ferme Mi la woe pas une tonalité de voix qui est encore en train de mûrir, ce qui je pense épouse parfaitement le message qu’il transmet à l’endroit des jeunes talents de son texte. Zeaya Ka quant à elle sur 52 secondes de présence dans Vivina apporte une douceur qui accompli le titre, de façon juste et pleine. Le titre avec Tive Hugbo nous a quelque chose d’incomplet, tant musicalement que par la simple présence vocale tant de l’invité que de l’hôte, elle arrive a avoir sa place mais n’est pas à niveau avec les dualité des morceaux précités.
Cette mixtape est une évolution discographique de l’artiste qui prouve qu’il peut exister dans autant de genres musicaux qu’il le souhaite (s’il doit rapper, s’il doit être engagé, s’il doit lover, s’il doit ambiancer ou s’il doit juste être chill). C’est cela aussi qui fait que VoyÂges Volume 1 Afro Eclec a un potentiel de longévité et non juste une création ancrée dans une tendance passagère.

III- Conclusion : à quand le volume II ?
Le point faible de cette mixtape, c’est qu’il est trop fort. Comment faire mieux quand on a déjà fait un très bien ? Cela explique t-il pourquoi depuis bientôt quatre années déjà le volume 2 de VoyÂges se fait attendre ? On pourrait continuer à poser ces interrogations car Afro Eclec n’a particulièrement pas de critique dévalorisante à relever si ce n'est que certains titres sont mal orthographiés et d'autres présents sur la pochette de la mixtape sont introuvables sur les plateformes sinon non inclut à la mixtape. Quoique nous classerons cette œuvre dans la catégorie de sélection musicale à écouter absolument et vous la recommandons si vous êtes le genre personne qui a une appétence pour des artistes qui innovent dans leur création.
Pour clore cette traversée musicale, certains auditeurs se sont prêtés au jeu du classement des titres selon les humeurs et les situations. Et comme on aime partager les bonnes choses, on vous en fait cadeau :
Clark recommande les titres parfaits pour vos séances de sport intensives ou vos défis cardio : 8 – Un verre, 12 – Oui oui oui (feat. KanAa) et 13 – Parasites. Une vraie montée d’adrénaline sonore.
Heaven, quant à lui, propose une bande-son sensuelle pour une autre forme d’exercice… érotique, en l’occurrence. À écouter les lumières tamisées et les corps entrelacés : 4 – Marya (feat. Binho Capone), 6 – Ameyibo love (feat. Noire Velours) et 9 – Vivina (feat. Zeaya Ka).
David se tourne vers les morceaux parfaits pour accompagner vos soirs de spleen ou de douce mélancolie : 1 – Bon voyage, 2 – Gbedeo, et 3 – Apprenti esprit. À écouter les yeux fermés.
Enfin, Kekeli, qui trouve la paix intérieure en faisant le ménage, nous glisse sa playlist idéale pour transformer la corvée en un moment dansant : 1 – Bon voyage, 7 – Mi yi ge (feat. Reynuj Akhenaton), 8 – Un verre, et 14 – Demain c’est loin ; volume au max, balai en main.
D'après Deezer :

Commentaires
Enregistrer un commentaire