
Est-ce qu’on l’attendait ? Pas vraiment, sinon moyennement. Mais c’est dans cette presque indifférence du public que Kiko revient le 28 Novembre 2025 comme le bleu d’une nuit étoilée marquant au passage un tournant majeur dans sa trajectoire d’artiste : la sortie de son tout premier album.
Bleu. Un titre simple, presque évident, pour ce qui ressemble à un nouveau départ. Oui ! Bleu. Bleu parce qu’il l’écrira pour la promotion de cet album qu’il associe ce projet à l'apaisement après ses moments de peine, à la stabilité après ses moments de doute et au bien-être que la musique lui a procuré en tant que refuge. La rédaction de Pages, Ecrans & Résonances pour sa première critique de l’année 2026, se penchera d’abord sur ce qui s’apparente à un véritable comeback de l’artiste. Elle analysera ensuite un album qui semble confirmer une maturation artistique certaine, avant d’interroger un point essentiel, souvent négligé mais fondamental qui est de celui de la constante de l’artiste.

I - Le retour et la promesse de BLEUS :
Golden Boy en 2019, Idylle en 2021, Agama en 2023. C’est après deux années de silence relatif, rythmées par des apparitions discontinues, que Kiko fait son retour le 28 novembre 2025. Un retour précédé d’un teasing volontairement livide, presque distant, et amorcé par la révélation de deux titres : Odjo et Ding Deng Dong. Puis vient enfin son tout premier album, sobrement intitulé BLEUS.
Cet album marque un retour assumé, mais surtout un signal clair : celui d’une présence réaffirmée sur la scène musicale togolaise. Kiko ne revient pas pour rappeler qu’il existe il revient en tant qu’artiste arrivé à maturité, conscient de son statut et de son potentiel. Longtemps attendu, BLEUS l’était paradoxalement sans véritable attente : l’intermittence de l’artiste avait fini par installer un doute, voire une forme de résignation chez une partie du public. Musicalement, BLEUS est un album R&B de 14 Titres qui dure 38 minutes et 54 secondes et qui ne cherche pas à déconcerter. Il propose plutôt une redécouverte familière d’un artiste dont l’identité sonore est déjà bien établie. L’ambiance générale s’inscrit dans la continuité de ses précédents EP, sans rupture franche ni prise de risque notable. Kiko y fait le choix de la cohérence plutôt que de la surprise, rappelant qu’on le veuille ou non le prodige qu’il a toujours été.
Cette absence de rupture n’est cependant pas synonyme de facilité. BLEUS témoigne d’une maîtrise assumée : une écriture soignée, une interprétation juste, et une direction artistique stable. Kiko n’en fait jamais trop, mais ne cède jamais non plus à la négligence. Il s’inscrit dans une nouvelle phase de sa vie artistique avec retenue, comme s’il préférait consolider ses fondations plutôt que d’en explorer de nouvelles. Cette démarche permet d’interroger sur ce que l'album apporte de nouveau.

II - Confirmer l’artiste, affirmer l’homme :
Dès le premier titre de l’album, Leurre, une chose s’impose : Kiko a pris en maturité. Le texte en porte déjà les marques, et cette évolution se confirme tout au long du projet. Que ce soit pour s’affranchir de ses peines, pour traduire ses désirs, mais aussi se réaffirmer en tant qu’adulte car il faut le rappeler ; la scène l’a longtemps perçu en tant que personne comme un jeune homme à l’esprit vagabond, presque insaisissable, Kiko écrit, et il écrit bien. Ce n’est pas une découverte en soi, ses EP l’avaient déjà laissé entrevoir mais l’album agit comme une confirmation solide. Il ne réinvente rien, mais il est loin de stagner. Mieux encore, il consolide. C’est peut-être là que se situe l’identité artistique de ce premier album : confirmer l’artiste dans l’homme.
L’image de Kiko, souvent associée à celle du tombeur, du bad boy à la fragilité mal assumée, se précise ici avec davantage de soin. Cette dualité est non seulement perceptible dans les textes, mais également renforcée par les visuels, qui accentuent cette posture. On pourra reprocher à l’album une absence de prise de risque réelle. Mais au regard de la présence discontinue de l’artiste, de ses décalages passés et d’un impact encore vacillant sur la scène, ce choix apparaît presque stratégique. Revenir en se réaffirmant, plutôt qu’en se dispersant, relevait sans doute de la décision la plus juste. Musicalement, BLEUS repose largement sur la mélodie et, surtout, sur la voix de Kiko, ce qui est attendu pour un album R&B. Néanmoins, cette voix semble ici mieux exploitée que sur ses précédents projets, relevant le niveau de certains titres et leur conférant une véritable portée émotionnelle.
Pour autant, l’album n’est pas exempt de faiblesses. Il demeure globalement léger et présente un certain déséquilibre musical. À côté de morceaux qui ont déjà l’étoffe de classiques ou de hits potentiels, subsistent des titres plus oubliables, d’une simplicité parfois proche de l’ennui, malgré une énergie indéniable. La brièveté du projet accentue cette impression : à peine trois morceaux dépassent les trois minutes d’écoute. Un choix discutable, mais qui, au regard de la quasi-indifférence initiale du public, peut se comprendre comme une manière prudente de revenir sans s’imposer de force.

III- BLEUS : réussir le retour, attendre l’audace
BLEUS n’est ni un choc, ni une révolution. C’est un album de stabilisation. Kiko n’y cherche pas à surprendre, mais à se poser, à se prouver et à prouver aux autres qu’il est toujours là, plus conscient, plus maîtrisé. En cela, le projet réussit l’essentiel : confirmer un talent qui n’avait jamais réellement disparu, mais dont la trajectoire semblait parfois hésitante. Et si l’album peut laisser l’impression d’une retenue artistique, les chiffres viennent aujourd’hui éclairer sa réception sous un autre angle. Avec plus de 350 000 streams cumulés sur Spotify et plus de 2 millions de vues sur YouTube, BLEUS a clairement trouvé son public. Le cap du premier million de vues franchi en deux semaines, ainsi que la forte traction de titres comme Odjo, Cette Vie ou One in a Million, traduisent une écoute répétée, fidèle, et surtout bienveillante. Sans tapage excessif, le public semble avoir accueilli cet album comme on accueille un retour attendu, avec patience et indulgence.
Reste toutefois une question centrale, sans doute la plus décisive : cette constance nouvellement affirmée sera-t-elle durable ? Kiko n’est plus un jeune talent, c'est un acteur majeur de la scène musicale togolaise mais malheureusement à l’impact vacillant. Son album BLEUS apaise, rassure, installe, mais n’impose pas encore une direction artistique suffisamment tranchée pour marquer durablement la scène. L’album agit comme une respiration nécessaire, un point d’équilibre après l’errance. La suite dira si ce calme est le prélude à une audace retrouvée ou s’il restera une zone de confort soigneusement entretenue. Kiko a confirmé l’artiste. Le public est là, il écoute et semble lui souhaiter le meilleur. Il lui reste désormais à affirmer pleinement sa vision. Quoiqu'il en soit l’album BLEUS de l’artiste Kiko est à écouter et c'est probablement l’un des meilleurs albums togolais de l’année alors qu’on vient juste de commencer l’année.
Critique écrite par Komlan Mawuto
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