
Si l’initiative est de grand geste, cette critique se propose d’abord d’explorer l’expérience d’écoute offerte par ce concert (I), puis d’évaluer l’interprétation et l’équilibre musical de l’œuvre du génie autrichien (II) et enfin de soupeser le geste culturel (III) de cette initiative.
I. Une messe comme expérience d’écoute :
Une messe, au sens musical, met en musique les parties fixes de la liturgie catholique. Dans la Messe n°2 en sol majeur, D.167, Franz Schubert n’écrit pas une messe tonitruante mais une prière presque domestique, traversée de douceur et de retenue. Œuvre de jeunesse, elle se situe à la frontière de la liturgie, du lyrisme et d’une humanité encore en devenir.
L’intention, je la prête volontiers à La Philharmonia de Lomé : réunir orchestre, chœurs et solistes dans un espace institutionnel pour faire découvrir une œuvre sacrée majeure, dans un contexte culturel dans un contexte culturel parfois abyssal, où ce répertoire reste rare voir inexistant, sans pour autant recourir à un discours pédagogique pesant. Il s’agissait ce soir là, de chercher la solennité, d’espérer susciter l’émotion d’un public peu habitué à ce répertoire, tout en affirmant une ambition de rayonnement culturel. Et Opus Academy Lomé, porteur de cette expérience liturgique, mérite sans doute ce rayonnement.
L’intention ainsi posée permet de mieux comprendre et d’apprécier l’expérience d’écoute proposée. Qu’on se rassure : il ne sera pas question ici de disséquer la messe Kyrie après Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus et Agnus Dei. L’intention de la critique est, elle aussi, clairement assumée. L’expérience d’écoute offerte au Palais des Congrès de Lomé, ce soir-là, relevait davantage de la démonstration que du recueillement strict. Une énergie qui, pourtant, ne nuisait pas à la fidélité à l’esprit de l’œuvre. De ce léger paradoxe naît une écoute singulière, où se mêlent respect du sacré et volonté affirmée de faire exister la musique classique dans l’espace local et de rendre accessible un univers musical souvent perçu comme élitiste. Ici, nul discours didactique n’étouffe l’auditeur : l’invitation est simple, mais puissante venir, s’asseoir, écouter et apprécier.
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| La Philharmonia de Lomé |
II. Une interprétation maîtrisée mais prudente :
Dans son interprétation, La Philharmonia de Lomé fait preuve d’une justesse d’ensemble qui respecte pleinement l’esprit de Franz Schubert. Dès les premières secondes, se dégage une volonté de retenue : l’interprétation ne cherche pas à impressionner, mais à installer une atmosphère recueillie. Le tempo, globalement maîtrisé et volontairement modéré, laisse respirer les phrases musicales et favorise une écoute attentive.
Sur le plan de la cohésion et de la justesse, l’ensemble voix et instrumentistes reste uni. Aucune rupture flagrante ne vient perturber le dialogue entre chœur et orchestre. Les entrées collectives sont propres, particulièrement dans les passages lents, et l’on perçoit une écoute mutuelle constante, signe d’un travail sérieux en amont, tant sur l’harmonie que sur l’équilibre général. La justesse, dans l’ensemble, demeure stable. Toutefois, si les voix féminines ou plus précisément les voix aiguës portent la lumière de l’interprétation, les voix graves apparaissent plus en retrait. Les nuances sont respectées, mais l’interprétation gagnerait à assumer davantage de contrastes. Quelques légers flottements se font entendre sur les notes longues, notamment en fin de phrase, et certaines tenues s’éteignent un peu trop tôt, affaiblissant ponctuellement la ligne musicale. Cette retenue donne parfois l’impression d’un ensemble encore sur ses gardes, hésitant à s’abandonner pleinement à la musique. L’orchestre joue principalement un rôle de soutien plutôt qu'un rôle de protagoniste ; choix cohérent avec l’esprit de la messe, et ne cherche jamais à écraser le chœur.
Le rapport à l’acoustique du lieu mérite enfin d’être évoqué. Le Palais des Congrès de Lomé impose une acoustique large, parfois réverbérée, mais sans véritable ampleur enveloppante. Le son ne se déployait pleinement qu’à proximité de la scène, ce qui nuisait quelque peu à l’immersion un effet accentué par l’éclairage de la salle, resté allumé durant toute la représentation. Cette configuration explique en partie la prudence générale de l’ensemble, même si le chœur parvient, dans l’ensemble, à bien s’y adapter. Tout compte fait, cette interprétation ne cherche pas à briller, mais à élever et c’est précisément là qu’elle trouve sa justesse.
III. Un geste culturel avant tout :
Comme déjà évoqué, cette représentation pouvait sembler inattendue, tant par son caractère que par rapport au paysage culturel local. Pourtant, à la surprise générale, le constat s’impose : la salle du Palais des Congrès de Lomé était remplie aux deux tiers. Un signe fort, qui dit quelque chose de l’existence d’un public amateur, curieux ou en quête de ce type d’expérience. L’importance de ce genre de concert dans le paysage culturel local réside précisément là : il ouvre un espace de découverte, initie les novices et ravit les amateurs sans jamais imposer le sacré.
Une mention particulière mérite d’être adressée à l’organisation, réglée avec une rigueur presque exemplaire. Cette exigence a certes privé une grande partie du public d’un tiers du concert, mais elle rappelle aussi une réalité nécessaire : c’est peut-être à ce prix que l’on apprend, collectivement, le respect du temps artistique. Être à l’heure devient alors un acte de considération envers les œuvres et ceux qui les portent.
La valeur du travail collectif proposé mérite également d’être soulignée. Elle a permis d’offrir une expérience rare, presque inédite dans ce contexte, et cette expérience, à elle seule, porte la légitimité de la musique classique à Lomé à travers les noms, les corps et les voix de tous ceux qui y ont pris part. Plus qu’une exécution musicale, ce concert affirme une présence.
Extrait de la Philharmonia de Lomé en représentation :
Critique écrite par Komlan Mawuto

Ce fut un expérience très riche
RépondreSupprimerC'est très pertinente cette critique. Cependant la ponctualité a toujours été là référence dans les organisations de Opus Academy. Peut-être que vous avez fais votre observation en début mais la salle était pleine à près de 90%. Ceci est une preuve que lees togolais veulent explorer plusieurs formes de musique. Sinon ce fut une expérience unique pour moi.
RépondreSupprimerOui oui à la fin, la salle était effectivement pleine jusqu'au 2/3. Mais justement elle s'est remplie tout le long du spectacle. Certains sont arrivés juste pour finalement assister à l'agnus Dei 😂. Toutefois content de savoir que Opus Academy a la ponctualité comme rigueur ✨🤌🏾 ça fait plaisir.
SupprimerOui oui la salle était pleine, reste à compter quelques chaises seulement.. vraiment j'étais content de l'enthousiasme du publique, tout se rendait beau au fur et à mesure que les morceaux se succèdent dans l'exécution de la Messe.. vraiment très intéressant.. Surtout de voir tout ces instruments réunis.. Félicitations à Opus academy, J'opte en tant que membre pour ce groupe..
RépondreSupprimerj'aime tellement ça m'a fait sentir une émotion forte a l'endroit de l'art et son importance félicitations a l'équipe
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