Alphée vs Jocelyn : Qui a vraiment réussi son gala ?

Une promesse : celle de faire cohabiter humour et prestige. Une ambition portée par deux talents, à deux mois d’intervalle, pour deux résultats profondément différents.

Ainsi, le dimanche 07 décembre 2025 se tenait, dans les jardins de l’hôtel Onomo, “Le Gala” porté par Autour d’Alphée en la personne de ALPHENOMENAL. Deux mois plus tard, le samedi 07 février 2026, la salle de spectacle de l’hôtel Sarakawa accueillait “Le Gala du Jocelyn Comedy Club”, porté par le Jocelyn Comedy Club en la personne de Jocelyn DOGBO. Alors que le premier cherchait à s’imposer comme la consécration d’un début de carrière, le second s’inscrivait dans une logique plus progressive, presque méthodique, d’évolution. Deux visions, donc. Deux manières d’envisager la montée en gamme de l’humour local.

Mais au-delà des intentions, ce sont les choix d’organisation (I), de direction artistique et de présence scénique (II) qui façonnent réellement l’expérience (III).


I - Promesses de grandeur, réalités d’organisation

Le Gala Autour d’Alphée est un spectacle qui intervient après une tournée (Presque l’Olympia) dont la réception, disons-le, est restée contrastée. À bien des égards, ce gala semblait porter une ambition claire : celle d’une première consécration au vu de l’affiche annoncée. En face, le gala du Jocelyn Comedy Club avançait avec une intention différente. Moins dans la proclamation, plus dans la progression. Il ne s’agissait pas ici de marquer un tournant spectaculaire, mais plutôt d’assumer une évolution, de prolonger ce qui existe déjà, en mieux.

Dès la première heure, un point commun persiste : le retard ; une constante presque banalisée dans ce type d’événements pourtant, tous les retards ne se ressemblent pas. Au jardin, le retard du Gala Autour d’Alphée pèse, il irrite même parce qu’il n’est plus accidentel, mais habituel, répété, jamais corrigé malgré les critiques. Et cela finit par révéler moins un imprévu qu’un problème d’organisation perceptible jusque dans l’attente du public. À l’inverse, le retard du gala du Jocelyn Comedy Club se fait plus discret, presque fonctionnel. Il s’apparente à un temps laissé au public pour arriver, s’installer, prendre ses marques. La différence est visible : la salle est prête, l’organisation en place, et rien ne semble improvisé dans l’urgence.

Ce contraste se prolonge dans l’ambiance même des lieux. Le choix d’un jardin entretenait un lieu où l'idée d'un gala semblait absent puisqu’il tenait place dans un jardin et avec une ambiance club. Ceci en ajout à la majeure partie du public qui était habillé comme pour une garden party et l’acceuil passable du public malgré le prix d’achat du public ; une dissonance difficile à ignorer. Du côté du Jocelyn Comedy Club, la salle couverte impose immédiatement un cadre. Plus structuré, plus lisible. Le public s’y inscrit naturellement, avec un dress-code en accord avec l’événement malgré, comme toujours, quelques irréductibles écarts. Mais surtout, l’accueil change de ton : plus attentif, plus respectueux, comme si l’expérience du spectateur faisait véritablement partie de la promesse.

Enfin, la différence se cristallise dès l’ouverture des spectacles. Le Gala Autour d’Alphée débute avec des loupées de présentation de la part du présentateur et de l’initiateur du gala comme si le lancement lui-même manquait de répétition ou de direction claire. À l’opposé, Jocelyn, à la fois présentateur et initiateur de son gala, fais patienter le public sous des vers de slam et de violon, pour amortir son retard et réussira à créer un instant solennel, sérieux presque institutionnel même avec son discours d'ouverture, renforçant cette identité de servir une soirée qualitative.

Toutefois, une soirée d’humour ne se juge pas uniquement sur sa forme. Alors, dépassons l’apparence et entrons dans le cœur du rire.

II - Le poids des absents, la responsabilité des présents

L’absence de talents dans un spectacle n’est pas, en soi, un drame. Elle devient problématique lorsqu’elle touche à l’essence même de la soirée. Dans ces moments-là, deux options s’imposent : anticiper avec un véritable plan B, ou assumer pleinement en communiquant avec clarté. Ce que le Gala Autour d’Alphée n’a su faire ni complètement, ni efficacement. Annoncer ces absences en début de spectacle, presque comme une formalité, sans réorganisation notable, a laissé place à une soirée qui s’étire, qui cherche son souffle, et qui tente maladroitement de combler le vide en temps comme en intensité comique. Le Jocelyn Comedy Club, sur ce point, n’a pas nécessairement mieux fait… mais a su être plus habile. En choisissant d’occulter certaines absences, il évite de les transformer en sujet. Mais il faut noter que ces absences n’impactaient à rien l’évènement contrairement à au gala précité.

Mais au-delà de ceux qui manquent, parlons de ceux qui sont là. Du côté du Gala Autour d’Alphée, une figure s’impose : Le Magnific. Presque malgré lui, il devient le pilier de la soirée. Sa prestation s’étire, déborde, jusqu’à prendre les allures d’un véritable one man show. Ce choix, discutable sur la forme, s’explique par le désir de racheter l’ambiance monotone du gala Autour d’Alphée. Il ne comble pas seulement un vide il tente de redresser une dynamique. À l’inverse, le Jocelyn Comedy Club fait le choix de l’équilibre. Aucun humoriste ne monopolise la scène. Le rythme se maintient, alternant stand-up, sketch et improvisation dans une circulation fluide. Sans chercher l’exceptionnel, la soirée tient une promesse essentielle : celle de la cohérence. Et il faut le reconnaître : aucun des humoristes invités n’a usurpé sa place dans l'un ou l'autre spectacle. Qu’ils viennent de la scène locale ou internationale et même des réseaux sociaux, tous ont su justifier ou crédibiliser leur présence. 

Mais une question demeure peut-être la plus importante. Lorsqu’un événement porte votre nom, vous en devenez, de fait, la raison principale. Le public ne vient pas seulement pour une programmation : il vient pour vous. Qu’ont donc offert Alphée et Jocelyn à leur propre public ?

Alphée, d’abord, semble évoluer en terrain connu. Trop connu, peut-être. Une grande partie de sa prestation repose sur des ressorts déjà exploités : recyclage de blagues passées, thématiques familières, notamment comme à son aise habituelle, des blagues sur les couleurs de peau, limite gênant limite dérangeant mais toujours à impression dénigrante. Le tout coconné d’une improvisation étirée à l’excès nécessité plus que choix pour combler les absences du plateau. Le rire, ici, semble moins naître de la surprise que d’un réflexe social mais au moins on l’aura vu prester plus que d’habitude lors de son propre évènement. Du côté de Jocelyn, le paradoxe est inverse. Présent tout au long de la soirée en tant que maître de cérémonie, il installe, rythme, structure. Il assure. Mais précisément : il se limite à cela. En dehors d’un sketch fidèle à l’esprit de ses contenus sur les réseaux sociaux, il manque ce moment où l’artiste prend véritablement le devant de la scène pour défendre sa soirée et son humour à la hauteur de sa place sur l’affiche de communication. Là où Alphée en fait trop, Jocelyn semble ne pas en faire assez.


III - Entre ambition et maîtrise : le verdict

Deux galas. Deux soirées portées par une même volonté : mêler humour et prestige. Mais à ambition égale, les résultats divergent.
Le Gala Autour d’Alphée donne l’impression d’un entêtement. Celui de vouloir atteindre une certaine grandeur sans réellement se défaire des failles déjà observées lors des précédentes organisations. Une ambition coûteuse en énergie, en promesse, en image mais fragilisée par la répétition des mêmes approximations médiocres passées. À l’inverse, le Jocelyn Comedy Club relève le défi avec une forme de retenue. Une ambition plus contrôlée, plus mesurée, au point peut-être de ne prendre aucun risque véritable. Là où l’un tente beaucoup et vacille, l’autre sécurise et tient. Mais au-delà de toute analyse, une vérité demeure : le ressenti du public reste le véritable juge et sur ce terrain, les écarts se confirment. Le Gala Autour d’Alphée, bien que salué par moments, laisse derrière lui une impression globalement mitigée, parfois même teintée de déception. Le Jocelyn Comedy Club, lui, bénéficie d’un accueil plus clément, plus encourageant, comme si la promesse faite au public avait, dans l’ensemble, été respectée.
Pour autant, il serait trop simple de réduire ces deux propositions à un jeu de comparaison binaire car Alphée comme Jocelyn méritent d’être salués pour l’initiative, pour l’énergie, pour cette ambition, encore rare, de hisser l’humour togolais vers des formats plus exigeants, plus visibles, plus structurés. Mais l’ambition, à elle seule, ne suffit pas. Le Gala Autour d’Alphée aurait sans doute gagné en solidité en acceptant la critique, en intégrant les retours précédents (Critique des spectacle d'humour : « 1 HEURE POUR SOUTCHÉ » et « EGBLE KEKEM » : du Presque l’Olympia Tour), plutôt que de les laisser glisser ou pire, de les prendre comme une remise en cause personnelle. Car une scène ne se construit pas seulement avec du talent, mais aussi avec de l’écoute. Quoi qu’il en soit, ce qui est fait est fait et ce qui reste, surtout, c’est la possibilité de faire mieux.
Cette critique n’a jamais eu vocation à opposer deux artistes. Elle cherche plutôt à mettre en regard deux expériences inscrites dans un même élan. Deux tentatives, deux approches, deux résultats avec, en creux, une même attente : voir chacun apprendre de l’autre. Car au fond, ce n’est pas une compétition.

Mais pour vous ; Alphée vs Jocelyn : Qui a vraiment réussi son gala ?

Critique écrite par Komlan Mawuto

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